En Grèce, le problème est plus aujourd’hui celui de la pauvreté que les immigrés

Selon le journal Libération du 16 février 2016, quelque chose est peut-être en train de changer en Grèce, pays longtemps fustigé par les organisations des droits de l’homme pour son attitude laxiste face aux immigrés. Bien qu’accablés par cinq ans d’austérité, les Grecs semblent à contre-courant du repli sur soi qui domine en Europe. Celui qui a notamment poussé des Etats de l’Est (Slovaquie, République tchèque, Hongrie, Macédoine notamment), qui ont pourtant longtemps vécu derrière le Rideau de fer, à renouer avec les murs et les barbelés. Isolant de facto la Grèce, sans aucune reconnaissance du fardeau assumé. Le tsunami humain qui a déferlé en mer Egée ces derniers mois, et qui continue encore, a pourtant frappé un pays déjà en crise, où plus de 3 millions de personnes (sur 11 millions d’habitants) vivent sous le seuil de pauvreté.

Les îles du Dodécanèse, qui ont accueilli avec générosité les naufragés, ont même vu leur seule ressource soudain gravement menacée : le tourisme, qui se concilie assez mal avec la présence de cadavres sur les plages. « Les réservations sont en chute libre et, outre les migrants, les seuls « touristes » désormais, ce sont les membres des ONG. Notamment les médecins, envoyés pour soigner les migrants, ce qui nous renvoie à notre propre misère : ici, le seul hôpital de l’île n’a plus ni seringues ni compresses à la suite des coupes budgétaires », explique Aphrodite Vati Mariola, propriétaire d’un hôtel sur l’île de Lesbos. Dans le centre d’Athènes, la place Victoria est devenue le point de ralliement des migrants qui débarquent des îles avec l’espoir de repartir vite vers le nord de l’Europe. Il n’est pas rare de voir de simples citoyens apporter spontanément vêtements et nourriture aux nouveaux arrivants. Ce côté fataliste d’une petite classe moyenne marginalisée n’estompe pas « l’incroyable mouvement de solidarité qui s’est imposé en Grèce à l’égard des migrants arrivés sur nos îles », rappelle le père Antonis Papanikolaou, qui s’occupe d’enfants en détresse, dont une grande partie est immigrée, dans le quartier déshérité de Kolonos. Il est vrai que les derniers arrivants ne font pour l’instant que passer en Grèce.

Cependant, peut être que l’article de Líbération décrit la situation de façon un peu optimiste en s’étant adressé surtout à des militants associatifs. Car en cas de blocage total des frontières au Nord, et de facto d’accumulation massive de migrants en Grèce, la situation pourrait gravement se détériorer et les Grecs changer d’avis.

Ces flux migratoires ont également réveillé de vieux souvenirs, mentionne Libération. « Dans les îles du Dodécanèse, la plupart des habitants sont eux-mêmes des réfugiés de Turquie arrivant dans des conditions très difficiles après 1922. Ils se sont identifiés aux victimes de la guerre en Syrie ou en Irak », explique Petros Konstantinou, de Keerfa. Emilia Kamvisi, 85 ans, la grand-mère de Lesbos proposée (avec un pêcheur de l’île) comme candidate au prix Nobel de la paix, est elle-même fille de réfugiés venus d’Asie mineure en 1922. Selon les médias grecs, l’octogénaire, pourtant peu prolixe, aurait demandé que l’argent du prix, si elle l’obtenait, soit versé aux caisses de retraites grecques qui ont fait faillite.

S’agissant de la remarque de Petros Konstantinou, là encore, il est important de préciser que les “réfugiés de Turquie” étaient en fait des Grecs venus s’installer sur la côte Ouest de la Turquie, et que les Turcs avaient chassé en faisant du nettoyage ethnique. Aussi, la population grecque voyait-elle arriver de Turquie dans les années 1922/23 des Grecs orthodoxes parlant la même langue, ce qui avait grandement facilité leur intégration.

Même dans la tourmente, et contrairement à plusieurs pays d’Europe, le peuple grec propose encore des politiques humaines pour aider les migrants.

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