Les mesures économiques prises pour résoudre la crise

Dès le début, l’Etat islandais s’est très vite impliqué dans l’économie pour résoudre sa crise et il a dû effectuer de nombreux choix.

Le Gouvernement a, tout d’abord, pris un certain nombre de mesures d’urgence, en prenant le contrôle des banques (elle ne les nationalise pas, malgré de ce que disent de nombreux journaux), de sorte à pouvoir prendre des décisions importantes directement en leur sein, comme déclarer leur faillite.  Il a ensuite en effectué un contrôle des flux de capitaux, en instaurant une garantie des dépôts pour les plus pauvres, et ce, afin de  «ne pas socialiser les pertes ». Ce sont des mesures protectionnistes, visant à protéger les plus pauvres et éviter le départ des richesses ; des mesures qui vont à l’encontre des mesures libérales, qui étaient le plus souvent appliquées jusqu’alors.

De même, le pouvoir de la Banque Centrale a été accru, l’ensemble des flux monétaires transitant dorénavant par elle (l’ensemble de la monnaie, (salaire, échange d’argent,…) passent désormais uniquement par la Banque Centrale). Elle a aussi été recapitalisée pour être capable d’aider les banques.

A travers un montage financier complexe, de nouvelles banques ont été créés, portant le nom de leur prédécesseur. Le gouvernement a alors proposé aux  créanciers de prendre en charge les dettes des anciennes banques, soit en se portant acquéreur des actions dans les nouvelles banques créées, soit en gardant des titres de dettes dans les nouvelles banques. Les détenteurs de dettes de Glitnir (maintenant Islandsbanki) et de Kaupthing (aujourd’hui Arion) ont choisi de prendre des parts dans les nouvelles banques, celles-ci sont alors devenues des banques privées et ont changé de nom. Seuls les créanciers de Landsbanki ont choisi de conserver des titres de dettes. Cette banque est restée publique.

Une des mesures les plus importantes prises,  a été de faire le choix de ne pas couvrir les dettes auprès de tous les épargnants,  en ne privilégiant que le marché intérieur. En d’autres termes, les nouvelles banques se sont occupées à nouveau des crédits et des dépôts islandais, en échange de quoi, elles ont délaissé les activités internationales. Par conséquent, l’Etat islandais n’a pas repris l’ensemble des dettes des anciennes banques, en particulier les dépôts des étrangers. Et pour cause, il ne le pouvait pas puisqu’avec 75% des activités qui s’effectuaient en dehors de l’activité domestique, la très large majorité de l’incommensurable dette, provenait de l’extérieur. On dit que les banques étaient « too big to save ».

Cette mesure prise au niveau gouvernemental est vraiment extrêmement différente des mesures qui ont été prises dans les autres pays, qui eux ont choisi de sauver leurs banques en les recapitalisant au moyen de sommes considérables, ce qui a eu pour effet de nationaliser des dettes jusque-là privées.

L’Islande a aussi demandé l’aide du FMI, car le Fond Monétaire International est chargé d’aider les pays en proie à une crise économique, en leur fournissant des crédits et en leur proposant de mettre en place des réformes structurelles économiques.

Sur cette base un prêt de 2,1 milliards est accordé à l’Islande par le FMI (le montant exact varie selon les sources : 2,1 milliards de dollars d’après Le Figaro et  2,1 milliards d’euros selon La Tribune), tandis que la Pologne et les pays scandinaves lui prêtent  2,5 milliards (sources idem).

Le FMI, dirigé alors par Dominique Strauss-Kahn, conseille l’Islande dans les mois qui suivent. Il préconise de mettre en œuvre des réformes d’austérité, notamment au niveau du système de santé publique islandais, qui comme celui des autres pays scandinaves, est très bon. C’est une baisse du financement de 30 %  de ce « bien de luxe » (terme utilisé par le FMI), qui est demandé.

De plus, le FMI conseille à l’Islande de s’ouvrir aux exportations, notamment en exploitant et en échangeant sur le marché international, sa production d’aluminium et sa pêche.

Enfin, le FMI explique qu’il est aussi nécessaire de promouvoir le tourisme sur l’île, activité génératrice d’emploi, de manière directe et indirecte notamment dans les secteurs de la restauration, de l’hôtellerie et des transports.

 

 

L’Islande n’applique pas au pied et à la lettre les recommandations du FMI. Elle a tout d’abord demandé au FMI que le budget 2009 ne soit pas un budget d’austérité, ce qui a été accepté. Si le gouvernement impose des coupes importantes dans son budget en diminuant le nombre de ses fonctionnaires (sans toutefois avoir recours au licenciement secs), il parie tout de même sur l’avenir en préservant son système de santé et celui de l’éducation en effectuant respectivement des coupes de 50 % et de 25% inférieures à celles effectuées dans les autres domaines.

Les  coupes budgétaires sont effectuées, via un ralentissement de la hausse des salaires, qui eux, sont censés suivre l’évolution de l’inflation.

Ces mesures visent à protéger les plus pauvres, et ceux qui le sont devenus, « du jour au lendemain ». De la sorte, le modèle social islandais est préservé, en limitant l’augmentation du nombre de sans-abris, fournissant de la nourriture au plus démunis, et assurant des allocations aux nécessiteux.

L’Islande pour appliquer les conseils prodigués par le FMI, choisit de dévaluer la Couronne islandaise. Ainsi, la Couronne a été dévaluée d’environ 70 % depuis 2008. Les touristes et les importateurs sont donc privilégiés puisque leur monnaie a une plus grande valeur que la Couronne islandaise.

La conséquence de cette dévaluation est une augmentation de l’inflation. Cette proposition est risquée, notamment parce qu’elle peut engendrer un cercle vicieux obligeant à augmenter toujours plus l’inflation. Toutefois, cette mesure permet de rendre l’Islande plus compétitive en lui permettant de vendre ainsi plus facilement ses biens sur le marché international. Ainsi début 2008, 1 Couronne islandaise équivalait à 0,0167 dollars américain et fin 2011, elle ne valait plus que 0 ,008 dollars américain. Par conséquent, la valeur de la Couronne a diminué de 52,1 % de 2008 à fin 2011. Pour 100 dollars de bien islandais importé depuis les Etats-Unis en 2008, ces biens ne coûtent plus que 47,1 dollars à importer fin 2011. L’importation des biens islandais coûte désormais beaucoup moins cher qu’avant pour les consommateurs américains.

Par la suite, le Gouvernement islandais a mis en place un impôt sur le revenu progressif, ainsi qu’un impôt sur la fortune. Le taux de prélèvement obligatoire est alors passé de 38,9% du PIB en 2009 à 47,9 % en 2014, soit une hausse de 9 points de pourcentage en 5 ans.

Dernière mesure de taille, un allègement des dettes a été effectué par l’Etat. Ainsi, en 2008, c’est près de 1,2 milliard d’euros de dettes qui sont annulés par les banques. Les dettes des particuliers sont amoindries de diverses manières. En diminuant les dettes, le Gouvernement est parti du principe que la confiance ne tarderait pas à revenir, afin que l’activité économique puisse de nouveau prospérer.

Malgré la crise de 2008 qui a durement touché l’Islande, la croissance de son PIB a redémarré et est supérieure à d’autre pays européens comme la France.

tab5Production du groupe (Données : Banque Mondiale : Islande ; INSEE : France)

De manière générale la croissance du PIB de la France et de l’Islande est irrégulière, mais dans le temps majoritairement positive. Les deux courbes suivent la même tendance. De 2008 à 2014, la croissance du PIB de l’Islande passe de 1,1 % à 1,9 % soit une hausse de 0,8 point de pourcentage. La France, elle, voit sa croissance passer de 0,2 % à 0,2 % soit une stagnation durant la période. L’évolution de la croissance du PIB est par conséquent supérieure pour l’Islande, l’écart avec la France étant de 0,8 point de pourcentage.

On distingue ici 3 périodes. De 2008 à 2009, la croissance du PIB des deux pays chute, passant de    1,1 % de croissance pour l’Islande a -5,1 % soit une diminution de la croissance de 6,2 points de pourcentage. Sur la même période, la croissance de la France passe de 0,2 % à -2,9 % soit une diminution de la croissance du PIB de 3,1 points de pourcentage. L’Islande a vu sa croissance diminuer de manière bien plus importante que la France, avec un écart entre les deux pays de 3,1 points de pourcentage en faveur de la France. Cette diminution de la croissance est due aux conséquences de la crise financières sur les deux pays. De nombreuses entreprises sont en faillite ou se retrouvent en difficulté, marqué principalement par un affaiblissement important du système bancaire. La création de richesse est moindre ce qui se voit avec cette décroissance.

De 2009 à 2011, on observe une augmentation conjointe des deux PIB. Ainsi, la croissance du PIB passe de -2,9 % de 2009 à 2,1 % en 2011 soit une augmentation de la croissance de 5 points de pourcentages. Dans le même temps, la croissance du PIB de l’Islande passe de -5,1 % à 2,1 % soit une augmentation de 7,2 points de pourcentages de la croissance du PIB. Durant la période, l’écart de cette évolution est de 2,2 points de pourcentages en faveur de l’Islande. Le protectionnisme effectué sur les entreprises islandaises permet à ce pays de bénéficier de la reprise économique provenant de ces entreprises. En France, l’aide apportée aux banques permet en partie de relancer l’activité économique. Toutefois cette reprise est fragile puisqu’elle endette plus encore la France.

Enfin de 2011 à 2014, la croissance des deux pays ralentie mais reste positive. Ainsi L’Islande passe de 2,1 % à 1,9 % durant une évolution en dent de scie, soit une diminution de 0,2 point de pourcentage de la croissance du PIB. Dans le même temps,  la croissance du PIB de  la France passe de 2,1 % à 0,2 % soit une diminution de 1,8 point de pourcentage. L’écart de l’évolution de la croissance du PIB entre les deux pays est de 1,6 point de pourcentage en faveur de l’Islande puisque sa croissance diminue le moins sur la période. Ce ralentissement de la croissance française est dû au manque de confiance des consommateurs sur le marché intérieur, les difficultés pour effectuer des exportations du fait de l’euro trop fort. Ce qui provoque une baisse des activités en France. La croissance islandaise subit un pic et se stabilise à un taux de croissance plutôt important dans un pays occidental grâce à l’augmentation des activités dans différent secteurs : entreprises, tourisme, industrie de l’aluminium …

Le travail que l’Islande a effectué en protégeant ses entreprises et en se coupant en partie de la mondialisation dans certains secteurs (protectionnisme), semble avoir porté ces fruits là où la France reste soumise aux aléas internationaux.

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