L’Islande avant la crise

Depuis les années 2000, l’économie islandaise a subi une profonde mutation. Le monde économique, qui était jusqu’alors tourné principalement vers les secteurs primaire et secondaire, commence à se passionner pour la finance.

A cette époque, le premier ministre Davíd Oddsson (1991-2004), membre du parti de l’Indépendance, décide de déréguler le secteur bancaire du pays, en privatisant les trois principales banques du pays (Kaupthing, Landsbanki et Glitnir). Les dirigeants de ses banques sont alors des proches du Premier Ministre. Grâce à la conjoncture favorable,  les banques islandaises s’internationalisent et permettent ainsi à l’économie islandaise de se tourner vers le tertiaire et de se développer de manière conséquente.

Ainsi, le pays s’enrichit, mais cet enrichissement profite principalement à une nouvelle classe de riches : les « Néo-Vikings ». Pendant de temps, les banques se développent en effectuant d’importants emprunts à taux faibles, indexés sur des devises étrangères. Ces nouvelles ressources sont alors proposées à la population qui s’empresse d’y souscrire.

Les perspectives de l’Islande sont alors extrêmement positives. Le taux de chômage est au plus bas (il est inférieur à 4% entre 1999 et 2007). Le budget gouvernemental est positif, la dette publique en pourcentage du PIB est de loin inférieure à celle des autres pays (environ 25 % du PIB de 2005 à 2007). Les pronostics du FMI sont, on ne peut plus élogieux, qualifiant de « saines » les institutions islandaises, rassurant ainsi sur la viabilité et la bonne santé des trois banques privées islandaises. Les chiffres de l’IDH placent l’Islande au  1er rang en 2007.

Rassurée par ces bons indicateurs, et incitée par les banques à  la consommation, la population, de plus en plus riche (de 2004 à 2009, le revenu des ménages a augmenté de 45 %, et avant la crise, le PIB par habitant s’élève à 40 000 euros), change son mode de vie en consommant de plus en plus, en particulier, en important de nombreux produits de l’étranger. Cette consommation est alors financée par de très nombreux prêts, parfois en devises étrangères et  le plus souvent, remboursés sur de courtes durées.

Au début de l’année 2008, l’inflation augmente, la couronne islandaise perd 25% de sa valeur, provoquant de graves difficultés économiques auprès des individus endettés en monnaies étrangères. L’importance des banques prend des proportions titanesques : en 2000, les banques islandaises ne représentaient qu’1 fois le PIB du pays ; en 2008, leur taille est devenue 10 fois supérieure au PIB du pays, et ce, au prix d’un très lourd endettement à l’étranger. La dette extérieure des banques islandaises, est alors estimée à 100 milliards de dollars américain, tandis que la dette extérieure brute de l’Islande équivalait à 6 fois le PIB islandais. Cette dette provenait majoritairement des banques, elles même totalement dépendantes de la situation financière internationale.

Quelques lanceurs d’alerte mettent en garde les instances internationales. Ils sont principalement anglais, car les banques britanniques entretiennent d’importants liens avec leurs homologues islandais (6 milliards de livres sterlings sont entreposés à cette époque dans les banques islandaises et The Economist jugea en 2007 dans ses colonnes, que la Couronne Islandaise était la monnaie la plus surévaluée au Monde) ; toutefois ils ne sont pas écoutés.

Tandis que l’on parle de « miracle islandais », une bulle économique se forme, car la Couronne islandaise est à cette période, fortement surévaluée.

 tab3Production du groupe
(Données : Bilan annuel 2007 des différentes banques et site de la Banque Centrale)

On peut observer ici la très faible réserve de la Banque Centrale, comparée au volume d’actifs des trois principales banques. Ainsi, le total des actifs des trois banques est 29,9 fois supérieur à la réserve de la Banque Centrale, alors que les réserves de la Banque Centrale sont censées être utilisées pour aider les banques en cas de problème financier. Pour 1 milliard de couronnes islandaise en réserve dans la Banque Centrale, les banques ont 29,9 milliards de couronnes islandaises d’actif.

On voit que les banques sont bien trop grandes en comparaison de la taille économique du pays et de sa capacité à protéger ces banques.

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