La Troïka et Alexis Tsipras

Bras de fer avec la « Troika » et le camp des Pays durs (contre la Grèce)

Ce dialogue de sourd a conduit fin juin 2015 a une précipitation des évènements sur un point crucial que le camp des Pays durs (l’Allemagne, la Lettonie, la Hongrie et la Suède notamment) attendait sans doute : les caisses des banques grecques se sont vidées. L’État grec n’avait plus d’argent pour rembourser à la mi-juillet des tranches de prêts au FMI, puis à la BCE, et il n’avait plus d’argent non plus pour payer ses fonctionnaires. Alexis Tsipras était donc au pied du mur. Le camp des Pays durs a clairement laissé entendre qu’une sortie de la Grèce de la Zone Euro, appelée le « Grexit » ne le dérangeait pas, et que les Grecs auraient beaucoup plus à souffrir d’une telle sortie que toute la Zone Euro elle-même, la Grèce ne pesant que 2% du PIB de tous les pays de cette Zone. Cependant, fin juin 2015, Alexis Tsipras a pratiquement accepté les mesures d’austérité préconisées par la « Troïka » (à noter que le nom de la « Troïka » n’était plus prononcé pour ménager la susceptibilité des Grecs). Cependant, le camp des Pays durs refusait de parler d’une renégociation de la dette.

Il doit être noté que rien dans les Traités Européens ne prévoit la sortie d’un pays de la Zone Euro, et encore moins son expulsion ! Le processus doit donc consister à couper les crédits de ce pays pour qu’il soit lui-même obligé de créer une nouvelle monnaie. Et ceci est un processus complexe dont les économistes s’accordent à dire qu’il nécessite au moins 6 mois pour sa mise en œuvre.

 

 Coup de poker d’Alexis Tsipras

Alexis Tsipras a donc tenté fin juin 2015 un coup de poker : il a annoncé un référendum demandant aux Grecs s’ils acceptaient les mesures d’austérité préconisées par la « Troika ». Le référendum s’est tenu le 5 juillet 2015 et a donné un « NON » à 61,31% à ces mesures d’austérité, avec un taux de participation de 62,5% des votants. Ce référendum a montré que la majorité de la population en âge de voter et ayant participé au vote refuse les diktats de la Troïka qui d’après eux n’a mené qu’à l’inverse de ceux qu’ils attendaient, c’est-à-dire, l’aggravation de la crise. Cela a été ressenti par tous les citoyens européens comme la possibilité de donner un « non » sur les questions importantes engageant un pays. Cependant, cela doit être relativisé quand on connait la suite du référendum : Tsipras a fait volte-face quelques semaines plus tard et a capitulé devant la Troïka.

Ce referendum montre que les citoyens grecs dans leur majorité refusent les diktats qui d’après eux n’ont mené qu’à l’inverse de ce qu’ils attendaient : résoudre cette crise. La Commission européenne et son président Jean-Claude Juncker n’ont cessé d’appeler les citoyens grecs à voter « oui », ainsi que les dirigeants européens qui ont affirmé que l’enjeu est à l’appartenance de la zone euro. Ce fut donc un choix potentiellement risqué de la part du peuple de voter ce « non », ne serait-ce que par leur volonté de rester dans la monnaie unique de l’Union Européenne Cependant cette action a montré qu’ils étaient prêts à assurer toutes les conséquences du « non ». Cela dit, leur plus grande peur était celle du Grexit, c’est à dire l’exclusion de la Grèce de l’Union Européenne.

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Sur 9 858 508 citoyens grecs inscrits, 6 161 140 sont allés voter, soit 62,5% des votants, comme dit précédemment. Donc 3 697 368 grecs, soit environ 37,5% des grecs ne sont pas allés voter. Cependant, parmi ces votes, uniquement 94,2% étaient valides.

 

Ce vote des citoyens offrait deux issues à la crise du pays :

  • Soit les créanciers acceptent le choix du peuple et tiennent compte des conditions proposées au gouvernement de Tsipras.
  • Soit la capitale grecque quittera l’euro immédiatement et le reste du pays petit à petit, ce qui bouleversera d’après le premier ministre l’économie du pays mais mettra définitivement fin au pouvoir de la Troïka.

Ceci a donc paru être une victoire d’Alexis Tsipras, apparemment plébiscité par le peuple Grec. Cela allait-il servir d’atout à Alexis Tsipras dans sa future négociation avec la Troïka ? Il s’est avéré en fait que non ! Le camp des Pays durs a campé sur sa position : à savoir, pour rappel, vote de toutes les mesures d’austérité d’abord et ensuite d’éventuelles négociations de la dette, sinon la Grèce n’avait plus qu’à se mettre en faillite et sortir de la Zone Euro en recréant une nouvelle monnaie (un nouveau Drachme).

Alexis Tsipras a été débordé par le temps. Les capitaux grecs ont fui : les épargnants réclamaient la restitution de leur argent et de leurs placements.

Le gouvernement a donc dû improviser un contrôle des changes (50 euros de retrait dans les distributeurs par jour et par personne… et quand encore les distributeurs étaient alimentés).

 

Tsipras accepte les conditions de la Troika

Dès le lendemain du résultat, Tsipras se séparait de son ministre des Finances marxiste, Yanis Varoufakis, et le remplaçait par un négociateur plus conciliant, Euclide Tsakalotos. Trois jours après, Alexis Tsipras annonçait accepter les conditions de la « Troïka ». Dans une réunion mouvementée, la « Troïka » et les 17 Délégués de la Zone Euro accordaient à la Grèce, après 15 heures de négociations dramatiques, le droit de rester dans la Zone Euro, sous réserve d’un vote du Parlement grec acceptant toutes les mesures d’austérité. Alexis Tsipras a réussi à faire voter ces mesures. En échange de ce programme d’austérité, les dirigeants de la Zone Euro ont accepté de renégocier de nouveaux prêts de 80 milliards d’euros au total pour renflouer l’État grec, sans pour le moment parler de renégociation de l’ancienne dette. Parmi les mesures d’austérité figurent des augmentations de TVA et un programme de privatisation de 50 milliards d’euros.

 

Point de vue d’économistes

La plupart des économistes, là encore y compris les Libéraux, estiment que les mesures imposées par la « Troika » sont complètement irréalistes. D’une part, ce sont des mesures récessives qui vont empêcher la Grèce de retrouver la croissance, après une chute du PIB de déjà près de 30% ; d’autre part il est impossible de trouver 50 milliards d’euros à privatiser, et enfin la renégociation de la dette semble tout simplement inévitable. Il faut noter aussi qu’ajouter 80 milliards d’euros de dettes à un pays déjà surendetté est quelque peu paradoxal. On a donc l’impression que le camp des Pays durs voulait une humiliation politique du gouvernement d’Extrême gauche Syriza pour faire passer l’envie à tout autre pays de se lancer dans une voie similaire (par exemple le parti Podémos en Espagne). Sur ce plan, le camp des Pays durs a sans doute obtenu un succès. Sur le plan économique, c’est beaucoup moins sûr : la renégociation de la dette sera de toute façon inévitable et une nouvelle récession de la Grèce montrerait l’irréalisme de la « Troïka » pour les mesures qu’elle a exigées.

On peut ajouter ici que la Grèce doit réformer un système d’impôts qui ne répond plus aux normes actuelles, et cela prendra du temps.

  • Les arriérés de paiement des contribuables grecs s’élèvent à 85 milliards d’euros fin 2015, soit 11,3 milliards d’euros de plus qu’en 2014 ;
  • En Grèce, les 2/3 des contribuables (tous les salariés) payent leurs impôts puisqu’ils sont prélevés à la source ;
  • Restent les professions libérables, les innombrables petites entreprises, les armateurs, les artistes qui « oublient de payer » ;
  • Ancien président de la Fédération des contrôleurs des impôts, devenu Vice ministre des Finances, Tryphon Alexiadis : « 88% des agriculteurs déclarent officiellement moins de 5 000 euros annuels » ;
  • Petros Markaris, écrivain : « Pour inciter les gens à accomplir leur devoir fiscal encore faudrait-il estomper l’idée, bien ancrée, qu’en Grèce seuls les cons payent leurs impôts » ;
  • Accord fiscal entre Tsipras et le ministre des finances Norbert Walter-Borjans, Rhénanie du Nord Westphalie (chasseur de fraude de son pays, qui a mis à jour une liste de 11 588 contribuables grecs ayant placé leurs fonds en Suisse ;
  •    Loi en préparation : généraliser les achats dans les commerces avec la carte bleue car la fraude à la TVA atteindrait 8 milliards.